Trump : Le guet-apens tendu à Zelensky

Pour le contexte, cette rencontre tant attendue fait suite au meeting entre les États-Unis et la France ce 24 Février 2025. Alors qu’Emmanuel Macron était persuadé de pouvoir jouer un rôle dans les négociations, comme il avait pu le faire préalablement auprès de Joe Biden, ou comme cela se faisait encore au siècle dernier.

Or, le président français semble avoir oublié un fait important. Le monde d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui, la France n’est plus celle qu’elle était, et surtout, aucun État n’est une entité à part entière, consciente et immuable. Les États-Unis ne sont pas un Oncle Sam figé dans le temps. Pour preuve, en quelques mois ils passent du visage de l’allié historique à celui du souverainiste qui prend ses distances.

De ce fait, Emmanuel Macron aura beau accumuler les prises de paroles, que ce soit avec l’UE ou au sein du bureau oval, cela en reviendra à pisser dans un violon. Car pour Donald Trump, tout semble déjà décidé. Si vous souhaitez parfaitement comprendre la situation, imaginez le président américain comme un réalisateur qui a déjà tout son scénario prêt, son casting est prêt, tout est ok, il n’y a plus qu’à lancer le tournage. Or, vous avez cet homme -le chef d’État français-, le réalisateur ne sait pas bien qui il est. Est-ce un stagiaire ? Un assistant ? Une chose est sûre, il ne le prend pas au sérieux lorsque ce dernier débarque et lui suggère quelques modifications à son scénario. « Vous devez inclure l’Ukraine au débat » sonne comme « blablablablabla » alors que tout est déjà au clair dans votre tête. Or, Monsieur le réalisateur ne peut pas laisser cet assistant stagiaire dans le vent, car il a quand même une grande famille derrière lui, et beaucoup d’argent. Et les yeux de son équipe de tournage sont rivés sur lui. Alors que fait le réalisateur ? Il cède. Du moins en apparence. Il dit « Oui, oui, je vais étudier ton idée et te ferait un retour dans les meilleurs délais. Allez file de là, maintenant ».

Et c’est ainsi que Donal Trump se retrouve à accepter de recevoir Volodymyr Zelensky aux États-Unis, de la même façon que le réalisateur accepterait de « jeter un oeil » aux modifications de scénario. L’idée est de donner l’illusion d’inclure l’Ukraine au débat, car jusqu’ici on reprochait au président américain de dialoguer uniquement avec la Russie. Cela donnait un peu trop le sentiment que le sort de l’Ukraine était déjà réglé, à la minute où on l’excluait du débat.

Alors certes, c’était bien le cas. Mais toutefois, pour l’image, il était important de créer l’illusion d’un débat qui continuait. « Mais oui, jeune homme, bien sûr que je vais les lire tes modifications de script » signifient en fait « Allez dégage, dans ma tête tout est déjà décidé, mais si ça peut donner l’illusion que j’en ai quelque chose à carrer de toi et de tes copains, je vais le lire ton scénario à la con ».

Voilà comment on obtient des images aussi insoutenables d’un Volodymyr Zelensky qui tente de -et qui parvient à-  rester digne, alors même qu’il est seul contre 2 simulacres de cow-boy des temps modernes, l’empêchant de parler, préférant lui extorquer des remerciements pourtant déjà exprimés préalablement, et ce à de nombreuses reprise.

Et afin que le plan se déroule comme prévu, Donal Trump prend soin de n’inviter que des journalistes qu’il aura su trier sur le volet. En une phrase, ceux de son camp. On le voit tout particulièrement avec ce journaliste qui demande à un moment au président ukrainien pourquoi est-ce qu’il ne met jamais de costume. On atteint alors les sommes de l’indécence, lorsqu’il ajoute « est-ce que vous en avez même un, de costume ? »

Soyons clair, le but ici est clair : diminuer Zelensky, et l’Ukraine, à travers lui.

Cela commence déjà par être 2 contre 1, puis lui couper la parole, à parler au dessus de sa voix, à élever le ton, à exiger que ce dernier se perde en remerciements. Donald Trump et JD Vance auraient aussi bien pu dire « Allez maintenant, suce-nous », que ça n’aurait rien changé à l’horreur à laquelle des millions de spectateurs ont assisté.

Par ailleurs, un journaliste s’est amusé à compter le nombre de remerciements adressés aux États-Unis entre vendredi et samedi soir, et il s’avère que Zelensky avoisinait la trentaine de « Merci ».

Comble du tragiquement risible.

En définitive, les choses n’ont pas changé depuis l’intervention d’Emmanuel Macron. La France et l’UE pensent encore faire partie du débat, or ce n’est plus le cas. Le pays des droits de l’Homme se berce d’illusions quant au visage du Monde aujourd’hui. La démocratie n’est plus juste un habit d’État, c’est désormais aussi un masque que revêtent de nombreux chefs politiques lorsqu’ils veulent être invités au bal de l’UE, et se divertir le temps d’une soirée, prêtant l’oreille à des contes aussi fantasques que « La France et l’UE sont fortes ».

Donald Trump a les cartes en mains. En empêchant Volodymyr Zelensky de s’exprimer, il l’empêchait de révéler sa vérité -ou ce que Trump et ses partisans préfèrent appeler dans leur jargon, une « fake news »-.

Quoique dise le président ukrainien, l’américain avait prévu de le présenter comme un ingrat aux yeux de ses compatriotes et de la scène internationale. Tout n’était que prétexte, un guet-apens pour en finir par dire « Vous êtes un ingrat. Vous de savez pas dire merci. Je ne vous aide plus. Mais donnez-moi quand même vos minerais. Sinon j’irais au delà de ne plus vous aider ».

Alors quel est mon regard sur la situation ? En mon sens, Volodymyr Zelensky est resté digne. Il ne s’est pas énervé bien qu’on sente son agacement. Il n’a pas donné à Trump ce qu’il voulait devant les caméras. Pourtant, au moment où j’écris ces lignes, j’apprend que finalement Zelensky consent à cet accord sur les minerais, dont la part américaine de bénéfice devrait servir à l’investissement dans la sécurité de l’Ukraine. Cela reste assez vague pour l’instant, surtout qu’aucune garantie ferme de sécurité n’est encore conclue.

Personnellement, je suis assez sceptique concernant la garantie d’une sécurité durable envers l’Ukraine, de la part des État-Unis, mais seul le temps dira les choses.

OSTF- 3 Mars 2025

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