Une Riviera à Gaza : coup de poker de Donald Trump ou coup de bluff ?

C’est LA nouvelle qui a fait trembler une partie du monde, et rire la seconde, en ce début de mois de février. Alors, vraie menace ou réelle intox ?

Bien sûr, lorsqu’on connaît le passé de Donald Trump comme magnat de l’immobilier et la tendance mégalo des américains en général, le projet ne semble pas insensé d’un point de vue technique. Et nous savons tout aussi bien que le fait de déplacer des millions de personnes en vue de ce projet, ne semble pas être un frein à l’ambition du président américain. Les aspects techniques et moraux de l’affaire ayant été abordés, que reste-t-il comme frein avant le début du chantier ? Hm ? Quelqu’un me souffle dans l’oreillette « Ça ne se fait pas de déplacer des milliers de personnes pour y construire une Riviera, et personne de la communauté internationale n’est d’accord avec ça ! »

Mouais… Redescendons sur terre un instant, voulez-vous ?

Nous savons déjà sans le moindre doute que Donal Trump est un fabulateur invétéré. Pour preuve, pouvez-vous me dire qui de la grande muraille de Chine et du mur séparant le Mexique des États-Unis est le plus haut ? Eh bien, c’est forcément la Chine qui l’emporte, dans la mesure où la seule brique érigée entre Guadalajara et Hollywood se trouve dans les rêves les plus fous de Donald Trump.

L’une des plus grosses forces de ce dernier -tant qu’elle reste utilisée avec parcimonie, au risque de souffrir du terrible syndrome dit de « Pierre et le Loup »- c’est de faire rêver les foules. Et de provoquer l’opposition. Autant dire d’une pierre deux coups, avec cette annonce de Riviera du Moyen-Orient. Les uns applaudissent et s’enthousiasment déjà de bronzer sur les plages de Gaza, une main nonchalante happant délicatement un mélange de cendres humaines et de sable sur sa paume, un Bloody Mary dans l’autre main -un peu plus bloody que Mary, soit dit en passant-, le soleil qui se couche… Ah… On en rêverait, n’est-ce pas ?

D’ailleurs, certains érudits en nouvelles technologies ne se sont pas fait prier pour rendre le rêve réalité le temps d’une vidéo Instagram. Et c’est là que les merveilles de l’IA rentrent en jeu : une vidéo courte présentant les présidents israélien et américains sirotant le fameux Bloody Mary présenté plus haut, des danseuses orientales, un Elon Musk beaucoup trop à l’aise à l’idée de balancer des billets de banque tel un rappeur US dans un club de strip-tease, et le tout dans une ambiance à mi chemin entre Dubaï, Las Vegas et Tel-Aviv.

Voilà ce qui fait rire la plupart des pro israéliens sur les réseaux ces derniers jours. Alors que les autres, les gens de gauche, comme on aime à les appeler depuis quelques mois, ils s’offusquent, ils crient au génocide et à l’infamie. Pourtant, aucune réaction officielle ou presque ne s’est fait connaître suite à ces annonces. Il y a bien eu quelques prises de paroles non officielles, notamment sur les réseaux sociaux. Mais dans les 24 heures ayant suivi cette annonce, nous avons seulement eu la réaction de l’Australie, qui sous l’effet d’une langue de bois bien corsée, s’est contentée d’affirmer son soutien indéfectible aux États-Unis, et aux décisions qui seraient prises, quelqu’elles soient.

Ensuite, se sont distillées au compte-gouttes des réactions assez timides de la part des différents gouvernements. Alors qu’on se serait attendu à une pluie, une tempête de réactions de l’opposition, nous avons dû nous contenter de ces quelques gou-goûtes d’indignation collective. Les seuls ayant vraiment pris la peine de s’offusquer publiquement ayant été en France, les humoristes et les chroniqueurs. Cela en dit long : cette annonce était tout à fait risible. Il va de soi qu’aucun être sensé ne voulait ne serais-ce que donner du crédit à Trump. Alors entrer en débat sérieux avec lui, vous imaginez…

Mais alors pourquoi ?

Prenez-moi pour une folle, ou bien comprenez que c’est Monsieur Trump le plus fou des deux. N’oubliez pas, et n’oubliez jamais, que c’est entre autres un conglomérat de divers trolls basés sur Reddit ou 4chan qui ont en très grande partie participé à la première élection de Donald Trump. La sphère qui gravite en permanence autour de Donald Trump, et qui est confirmée avec la présence de ce très cher Elon Musk, est éminemment “trollesque” et provocatrice.

Qu’y a-t-il de plus tragiquement risible, provocateur et trollesque en ce moment que de dire « Je vais transformer Gaza en une Riviera du Moyen Orient » ?! Cette phrase coche à elle-même toutes les cases d’un bon troll internet. Cela semble tellement dystopique qu’elle semble tout droit sortie d’un épisode de South Park ou d’un site complotiste tel que www.trustthefakenews.org. Pourtant c’est réel, cette phrase a bien été prononcée.

Alors que faire avec ?

Eh bien en toute honnêteté, vous pouvez vous en servir de compost pour ce magnifique plant de tomate qui « ne pousse pas depuis un an, pourtant je l’arrose bien comme y faut ». Riez, pleurez, aimez, cela ne changera rien au fait qu’aucun projet de la sorte n’aboutira. A travers cette phrase, Donald Trump n’avait pour but que de montrer par l’exagération, à quel point il était maître de la situation -de toutes les situations, si on parle aussi de la guerre en Ukraine-, désormais qu’il était revenu au pouvoir.

Donc que faut-il vraiment retenir de ces annonces, et que risque-t-il probablement de se produire à Gaza ?

Eh bien, une chose est sûre, Trump et Nettanyahou sont d’accord pour un déplacement de population. Y-aura-t-il ? Y-aura-t-il pas ?

Bof, non, hein.

Il est plus que normal que Gaza soit entièrement reconstruite. Que l’accès à l’eau soit garanti, que les routes soient réparées, les hôpitaux pas seulement de nouveaux érigés, mais améliorés. Mais soyons lucides, le slogan de Donald Trump est « America First » -chose que j’entend parfaitement en tant que souverainiste convaincue-. Il est donc tout à fait logique que ce dernier ne se déleste pas de deniers américains sans y chercher un juste retour derrière. C’est d’ailleurs déjà ce qu’il tente de faire en parallèle en Ukraine.

Mais alors quid des habitants de Gaza ? On sait déjà que la Jordanie et sûrement même l’Egypte se tiendront prête à accueillir des enfants ayant besoin de soins. Il faudra donc attendre ce Mardi 4 Mars pour enfin avoir une réunion de la Ligue Arabe, au Caire, pour commencer à parler sérieusement de solutions alternatives. Plutôt que de déplacer les gazaouis, préférer acheminer des tentes et caravanes pour les loger temporairement. Au vu du montant des aides accordées à la Palestine au cours de l’année passée, des mobil-homes auraient été plus cohérents et acceptables, mais passons…  on apprend qu’un plan sur 5 ans, à environ 52 Milliards de dollars, et sans le Hamas, est envisagé. Un plan réaliste, concret.

En définitive, il y a une solution idéale pour les Gazaouis, encore faudrait-il que le Hamas leur laisse la prendre. Mais nous savons très bien que tant que le Hamas perdurera, aucune paix ne sera possible. Et ça, c’est bien la seule certitude que j’ai.

Alors Riviera, ou pas Riviera ? Personnellement, je ne le pense pas. Mais ne détournons pas nos yeux des faits, et de ce qui est immédiat. Ne laissons pas Trump nous berner, nous européens. Surtout pas après le guet-appens tenu à Zelensky la fin de la semaine dernière.

OSTF - 5 Février 2025

Précédent
Précédent

Bonjour

Suivant
Suivant

La figure du Tengu